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Randonnées
montagnardes dans la vallée de Masevaux en 1815.
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Récits
extraits de Wanderungen durch die Vogesen
[Randonnées à travers les Vosges.]
de Christian Moritz
Engelhardt.
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Germaniste, archéologue, publiciste, historien, cartographe,
illustrateur, Christian Moritz
Engelhardt (1775-1858) était un Strasbourgeois aux talents multiples. Grand voyageur également, il a laissé
les narrations de ses
pérégrinations où s'expriment à la fois son amour romantique de la
nature et ses solides connaissances en géographie, géologie et
botanique.
Pour
en savoir plus sur Christian Moritz
Engelhardt, accédez à sa page Wikipédia en
cliquant ici.
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Wanderungen
durch die Vogesen est paru à Strasbourg en 1821.
Les
textes de cet article sont tirés du chapitre II : Das
Masmünster Thal [La
vallée de Masevaux]
à l'exception du texte Rossberg qui provient du
chapitre I.
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Au printemps 1815, Christian Moritz
Engelhardt séjourne plusieurs semaines à Oberbruck chez son
ami Marc-René de Voyer d'Argenson. Celui-ci possède
les forges de la haute-vallée depuis son mariage en 1796 avec Sophie de
Rosen, veuve de Victor de Broglie, le dernier seigneur de Masevaux.
C'est à cette occasion qu'Engelhardt entreprend des excursions vers les
principaux sites montagnards de la haute vallée. À cette époque, le
tourisme pédestre est inexistant. Les chemins et sentiers ne sont pas
balisés et aucune carte ne renseigne le marcheur qui doit se confier à un guide ou bien aller à l'aventure.
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- Les récits de C.M.
Engelhardt sont librement traduits de l'allemand. Pour faciliter la lecture, les
noms propres (localités, montagnes, rivières...) sont ceux usités aujourd'hui
sous leur forme française.
- Quelques passages d'intérêt secondaire n'ont pas été retenus.
- Les titres intermédiaires et les informations complémentaires de l'auteur sont en rouge
foncé. |
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La
vallée de Masevaux, 1815.
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Situation
générale de la vallée de Masevaux.
C'est
par le pont d'Aspach qu'on traverse la Doller, la rivière qui provient de
la vallée de Masevaux. Là on quitte la route militaire de Belfort pour suivre celle de Giromagny. Après un peu plus de deux
heures, on prend un chemin secondaire longeant la Doller qui mène à
Masevaux en trois quarts d'heure.
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Avant d'arriver à la petite ville, on rencontre les fonderies de fer de
M. d'Argenson puis, juste avant l'entrée, les blanchisseries de la
manufacture de coton Koechlin. Ici, on dirait des jardins à l'anglaise, où
la nature elle-même aurait joué le rôle de paysagiste pour réaliser
ce cadre romantique traversé par des eaux tumultueuses et dominé par
un rocher isolé étrangement jeté là. [le
Ringelstein]
Haut-fourneau
de M. Voyer d'Argenson à Massevaux.
(Lithographie
de Jean Mieg, 1824. Origine : Gallica) |

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Masevaux
est une petite ville accueillante. L'ancienne église abbatiale, de
construction peu ancienne comme en témoigne son style, présente encore une
apparence imposante, mais son intérieur est en ruines et sert,
semble-t-il, d'entrepôt. Nous n'avons pas vérifié si le tombeau du
fils du fondateur du monastère, prétendument le prince Maso,
petit-fils du duc Atticus, qui se serait noyé dans la Doller vers 730,
s'y trouve encore. Au centre du bourg, le grand château autrefois
seigneurial, entouré d'un fossé, montre les caractères architecturaux
de l'époque de Louis XIII. [cet
ancien château seigneurial était situé à l'emplacement actuel de l'École
des Abeilles.]
Masevaux
bénéficie d'une situation agréable au débouché de la vallée qui
porte son nom. Celle-ci est bornée d'un côté par les contreforts
du Rossberg en forme d'amphithéâtre et de l'autre par les épaulements
du Baerenkopf. Jusqu'au-delà de Sickert et
Niederbruck, le fond de la vallée reste assez étroit, avec des
herbages le long de la Doller. Sur les premières hauteurs alternent
cultures et forêts, offrant des vues romantiques sur les cirques de la
haute montagne et les petites vallées latérales qui en descendent.
La
vallée s'élargit ensuite, formant une vaste prairie en amont de
Kirchberg. La petite église de ce village, perchée sur un rocher,
offre un point de vue pittoresque. La Doller traverse le centre de la
vallée dans un large lit qui s'enrichit des ruisseaux des vallées latérales.
À Wegscheid se trouve également une manufacture de fer blanc
appartenant à M. d'Argenson qui fournit des produits de haute qualité.
De là, un chemin longe la Doller, qui est encore un torrent de montagne,
jusqu'au village à qui elle a donné son nom : Dolleren. Quant à la
route principale, elle mène jusqu'à une vallée latérale, au
débouché de laquelle se trouve Oberbruck. C'est là que sont situés
les principaux établissements métallurgiques de M. d'Argenson : forges, martinets
et halles de stockage.
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La
vallée de Masevaux
(de
Niederbruck à Oberbruck)
(Lithographie
de S.Schifferdecker, publiée dans Excursion dans la vallée de
Massevaux par Jean-François Reitzer. I.D. l'Édition 2022.
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Les
eaux qui actionnent les machines proviennent de deux ruisseaux qui descendent des vallons situés
au-dessus d'Oberbruck. Le plus au sud, qui traverse le hameau nommé
Ermensbach, est capté à sa source par des barrages formant deux
étangs : les Neuweiher. Ces réservoirs permettent de gérer l'utilisation
de l'eau. L'autre qui provient en plus grande partie du déversement du
Sternsee, lac situé au-dessus de Rimbach, reçoit en plus les eaux du
versant occidental du Rossberg.
Il existe
également dans
la vallée de Masevaux une fonderie de cuivre qui fabrique, entre autres,
d'excellents cylindres.
[la cuivrerie créée à Niederbruck en
1809 par les associés Witz, Steffan et Osswald]
La
vallée de Masevaux se présente comme un ovale au fond duquel
s'élève le Ballon d'Alsace. Celui-ci constitue une sorte de chapiteau
auquel se raccordent les chaînes formant les deux côtés de la vallée.
La chaîne du nord comprend principalement le massif du Gresson, puis
les montagnes englobant le Sternsee et enfin les sommets qui rejoignent
le Rossberg. La chaîne du sud est formée par la crête du haut Langenberg
et le massif du Baerenkopf, déjà un peu plus bas. Depuis la plupart des
endroits de la vallée centrale, on a vue sur le Ballon d'Alsace.
Sur l'un des promontoires du Rossberg, en direction des Vogelsteine, se
dresse, tel un emblème, le Hirtzenstein, un étrange rocher se
terminant en double pointe.
Le
haut de la vallée devient de plus en plus escarpé et sauvage. Après
Dolleren, on arrive au village de Sewen où la Doller descendant des
montagnes du sud reçoit les eaux qui s'écoulent du lac de Sewen. Ce
lac tourbeux est situé immédiatement à l'arrière du village ; il est
alimenté par les eaux conjointes du Ballon d'Alsace et de l'Isenbach.
La vallée de Masevaux, et en
particulier la vallée latérale dans laquelle se trouve Oberbruck, est
plus sauvage et plus élevée que celle de Munster, de sorte que
certaines plantes que je n'avais jusqu'à présent trouvées que sur des
crêtes très élevées, apparaissent ici à des altitudes moindres.
C'est le cas de la renoncule à feuilles d'aconit (Ranunculus aconitiſolius) et
du fenouil des montagnes (Aethusa meum).
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Lac de
Sewen, Alfeld, Isenbach.
Le 29 avril, en compagnie de
M. Sontag, ingénieur des mines et l'un des dirigeants des ateliers
métallurgiques, j'ai visité la mine sur l'Alfeld, une petite
colline située au fond de la vallée, juste sous le Ballon d'Alsace.
Nous avons été surpris par une violente tempête de neige et avons été
complètement trempés. La mine est très intéressante, on y trouve un
excellent minerai brun, un minerai de fer de grande qualité dans du
quartz et du granit (en réalité de la syénite). Il faut compter
environ trois petites heures pour s'y rendre depuis Oberbruck.
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On passe
devant le lac de Sewen, situé dans une prairie plate au sol tourbeux. Il est légèrement plus grand
que le Darensee. [Darensee : nom du lac glaciaire à l'origine du Lac Vert.]
Le
trèfle d'eau (Menyanthes trifoliata) commence
à apparaître ; j'ai déjà remarqué de grandes tiges florales. J'ai
également trouvé des violettes des marais (Viola palustris).
Le
lac de Sewen à la fin du XIXe siècle.
Dessin
de G.Vuillier ; origine
de l'image : Gallica. |

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Hier, nous
sommes allés dans une autre mine sur l'Isenbach, au sud-est du Gresson. Le minerai est du même type que le précédent,
mais fortement entremêlé de quartz. En montant, nous avons longtemps
admiré une cascade dont l'écoulement mousseux est continu,
mais qui s'arrête avec la fonte des neiges. Depuis l'Isenbach, nous
avons gravi le versant du Gresson, mais sans atteindre le sommet. L'hiver y règne encore en maître, les arbres sont
toujours dépourvus de
feuilles et le sol ne porte que les premières traces de végétation.
Nous sommes revenus par un long contrefort latéral du Gresson recouvert d'une belle forêt
appartenant à un certain Monsieur Huguenin de Belfort. Dans la
descente, mon aimable compagnon m'a montré une mine de feldspath érodé,
donc un pétunsé*
tout à fait adapté à la fabrication de porcelaine.
On en livre beaucoup à la verrerie de Wildenstein
pour la fabrication du verre blanc. Sur le chemin de l'Isenbach, j'ai
trouvé du sceau-de-salomon verticillé (Convallaria
verticillata).
*[pétunsé : feldspath employé pour fabriquer la porcelaine
en Chine.]
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Sternsee
[Lac des Perches.]
Dimanche
dernier, j'ai fait une intéressante excursion avec Monsieur M.,
directeur des forges, au lac du Sternsee, au-dessus de Rimbach, à une
heure et demie d'Oberbruck. Le lac est situé au pied d'un sommet
montagneux, dans une cuvette entourée de pentes abruptes surmontées de
falaises menaçantes. Plus haut, sous la crête du Gresson, s'étend la
marcairie appelée Bers.
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Le
Sternsee vers 1900.
Origine
de l'image : carte postale.
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À
l'avant du lac, une vanne permet de vidanger environ 18 pieds d'eau. Le
lac semble avoir une profondeur considérable ; on peut en faire le
tour, mais à l'arrière de la cuvette, il faut passer par des rochers
escarpés. Je suis arrivé jusqu'à cet endroit, mais pas plus loin. De
là, la vue est très pittoresque : on a la surface du lac devant soi
et, au-delà, entre les rochers qui forment un hémicycle, on aperçoit
la plaine d'Alsace.
Le
lac est situé à une altitude telle que les arbres qui l'entourent étaient
encore dépourvus de feuilles et que de grandes masses de neige se
maintenaient sur le versant nord. Les falaises environnantes sont
constituées d'une sorte d'argile schisteuse, peut-être aussi de
basalte érodé. J'ai également aperçu quelques blocs de granit isolés.
Dans
la pente, au sud-ouest du lac, on a commencé à exploiter un filon de
cobalt, mais le projet a été abandonné. Dans une cabane de marcaire,
un peu en dessous du lac, nous avons vu un morceau de ce minéral servir
de poids. Le débit du lac, dont l'eau est considérée comme quelque
peu malsaine, s'arrête complètement en été. Sur le chemin du retour,
nous avons évoqué l'histoire d'une belle et naïve paysanne qui,
lorsque son amoureux avait dû partir avec la garde nationale mobile,
était, par fidélité, venue se promener dans cette solitude plutôt
que d'assister au bal du village.
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Sewen,
Wegscheid.
Le
jour de l'Ascension, j'étais avec le même ami à Sewen où avait lieu
la kermesse. Comme nous y étions allés un peu tard, nous avons croisé
une foule de paysans, hommes et femmes, venus des environs et aussi de
plus loin, qui rentraient chez eux. Leur procession offrait un spectacle
des plus charmants dans la vallée verdoyante. Nous avons visité le lac
de Sewen et cueilli du trèfle d'eau en fleurs, cette jolie décoration
printanière des eaux tourbeuses. Nous avons également attrapé à la
main de petites lamproies, appelées "sept-œil" en français,
probablement la lamproie de Planer (Petromyzon
planeri).
Pour
ne rien omettre des curiosités de cette région, je dois mentionner les
mines vieilles de plusieurs siècles que j'ai récemment visitées à
Hinterwegscheid [aujourd'hui
rue du Soulzbach à Wegscheid].
Il existe encore une galerie dans laquelle on peut entrer debout ; les
gens affirment qu'on peut y marcher pendant une heure entière et même
une journée entière si aucun éboulement ne l'empêche. En dessous se
trouve un puits dans la roche de quelques pieds de diamètre seulement
mais qui serait profond de plus de 200 pieds. La tradition locale veut
qu'il ait été creusé pour extraire de l'or et de l'argent ;
d'autres pensent qu'il s'agissait de cuivre probablement mélangé
à des métaux précieux. Dans tous les cas, il s'agissait d'ouvrages
considérables. L'eau pour alimenter les moulins et les broyeurs était
acheminée depuis Oberbruck sur plus d'une lieue par un canal artificiel
contournant la montagne. Il en reste encore des traces visibles.
Enfin, la légende raconte que lorsque l'entrepreneur s'est ruiné
dans cette affaire, il s'est noyé avec ses ouvriers dans le puits
qu'ils avaient eux-mêmes creusé.
Avec
l'avancée du printemps, le charme de la nature dans cette vallée
montagneuse devient chaque jour plus pénétrant. Un de mes points de
vue préférés se trouve tout près d'Oberbruck, à Wegscheid, près de
la manufacture de fer blanc. Devant soi, une vaste prairie entourée de
montagnes qui, ici se rapprochent, là s'éloignent en présentant
toutes sortes de configurations pittoresques. Au milieu, le torrent
montagnard rugit en une chute puissante sur ses éboulis de granit. Aux
extrémités, là où la vallée disparaît à la vue et semble se
refermer, plusieurs petits villages. L'un avec son clocher carré en
haut d'une éminence escarpée, les autres avec leurs clochers pointus
recouverts de tôle qui étincellent au soleil, offrent une vue
charmante. Au pied du barrage qui détourne l'eau vers la fabrique, je
m'amuse à regarder les alevins de truites
filer à toute vitesse comme des flèches d'argent.
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Alfeld.
Le
28 mai, j'ai fait une belle randonnée
en montagne avec Monsieur B., et le lendemain, je suis retourné seul
vers le fond de la vallée à l'arrière du lac de Sewen. A côté du
chemin menant à l'Alfeld, une cascade s'est frayé un chemin dans les sombres
crevasses rocheuses. Son bruit est terrible. La chute d'eau a
creusé un profond bassin dans la roche. Sur le chemin, j'ai trouvé
de l'asaret (Asarum).
À l'Alfeld, ces eaux puissantes qui proviennent du Ballon d'Alsace et de
l'Isenbach passent par un passage tellement rétréci entre les flancs
rocheux qu'il serait possible, à un
coût relativement faible, de construire un lac artificiel avec un
système de barrages et d'écluses. Un tel réservoir serait d'une grande utilité
pour les manufactures de la vallée, et au-delà, pour tous les riverains de
la Doller qui, en été, est très
pauvre en eau. Malheureusement, il n'a jamais été
possible de s'entendre sur la mise en commun des ressources pour réaliser
cet investissement.
[Ce
paragraphe révèle que l'idée d'un lac de barrage à l'Alfeld était déjà
présente au tout début du XIXe siècle. Le lac sera inauguré en
1888.]
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Baerenkopf.
Je me trouvais
hier sur le versant
sud de la vallée, dans le massif du Baerenkopf. Vers le sommet, il y a
des rochers proéminents et des amas de blocs empilés les uns sur les
autres. Je pense que la plupart sont du basalte. Parmi les morceaux de
roches, beaucoup ressemblaient à du porphyre ou à de la
pierre d'amande. Depuis le point culminant,
la vue vers Belfort était tout
à fait dégagée. Je me suis alors persuadé qu'on m'avait donné des
informations erronées selon
lesquelles le Baerenkopf était le plus haut sommet de la vallée. En
réalité, il n'atteint ni l'altitude du Ballon d'Alsace, ni même celle du
Rossberg ou du Gresson.
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Le
Baerenkopf.
A
l'horizon, le Ballon d'Alsace. La
cabane au premier plan date de 1909.
Origine
de l'image : carte postale.
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Ballon d'Alsace.
Pour
désigner cette montagne, Christian Moritz
Engelhardt utilise exclusivement l'appellation "Ballon de Giromagny."
Dans le passé, ce sommet était nommé également "Ballon de Saint-Maurice"
et "Ballon de Lorraine." Cependant le nom "Ballon
d'Alsace" est attesté dès 1770.
J'ai
enfin fait une excursion avec Monsieur M. au Ballon d'Alsace que les
gens d'ici, bien qu'ils parlent allemand, appellent "Ballon"
et non "Belchen" comme il est d'usage pour le Ballon de
Guebwiller. Je suis maintenant convaincu que le Ballon de Guebwiller,
par rapport au Ballon d'Alsace, est plus élevé et offre une vue plus
grandiose.
Nous
avons commencé à monter à Sewen. Après une ascension assez
raide, mais jamais difficile, nous avons atteint le Langenberg, une
crête presque aussi haute que le Ballon qui permet l'accès le plus
facile depuis ce côté. L'altitude du Langenberg est confirmée par la présence
de la gentiane jaune (Gentiana lutea), d'ailleurs uniquement sous forme de feuilles. La
pensée des Vosges (Viola grandiflora) est également fréquente,
mais à part cela, nous n'avons trouvé que peu ou pas de plantes.
Bien que
l'horizon ait été extrêmement brumeux, les Alpes se montraient sous
leur plus beau jour. D'ici, la vue vers l'Alsace n'était pas très étendue ; en revanche, on avait un beau panorama sur Belfort et la Franche-Comté.
Nous avons d'abord dû passer par quelques rochers escarpés, puis dans
un petit bois où on coupait des fascines pour les travaux de
fortification. Après une courte descente puis une remontée,
nous avons atteint le col dominé par le sommet arrondi du Ballon.
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Le
Ballon d'Alsace vers 1900.
Origine
de l'image : carte postale.
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Vers
le sud, la
vue n'était pas différente de celle qu'on avait depuis le Langenberg.
Au sud-ouest, on apercevait les imposants sommets, encore partiellement recouverts
de neige, du Ballon de Servance et du Ballon de Saint-Antoine. Au
nord-ouest, par-dessus le Rossberg et les montagnes environnantes, le Ballon de Guebwiller
dressait fièrement sa tête. Dans la longue auberge située sous
le sommet, nous nous sommes régalés de pain et de lait.
Peu en-dessous du sommet, une grande et belle route militaire zigzague sur
le versant est. Elle relie Lunéville à Giromagny et Belfort. D'importants
travaux de fortification de ce passage sont en cours. Nous
nous sommes rendus sur le point culminant où nous avons profité d'une
belle vue sur la vallée de Saint-Maurice. Sous nos pieds, surtout des
gentianes et de grandes fleurs de la Trinité. Depuis cette position
dominante, nous avons pu
vérifier que la carte de Cassini représente fidèlement le relief de
la vallée de Masevaux. A l'arrière-plan, le Ballon d'Alsace, au sud,
la crête du Baerenkopf et au nord celle du Gresson. Derrière celui-ci
apparaît, un peu plus à l'est, le Rossberg, qui forme le faîte avant
de la vallée de Saint-Amarin.
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La vallée de Masevaux sur la carte de Cassini.
La
carte de Cassini est le premier ensemble de cartes établi à
l'échelle du royaume de France. Les relevés ont été
réalisés par plusieurs membres de la famille Cassini entre
1756 et 1815. Origine
de l'image : https://www.geoportail.gouv.fr/carte
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Au
sommet, personne n'a su nous indiquer
un chemin de descente en direction du Gresson et on nous a renvoyés vers le
Langenberg. Bien que sans guide, nous avons quand même entrepris de
trouver un passage entre les falaises abruptes qui rappelaient celles à
l'ouest du Hohneck. Ces rochers en syénite, où subsistaient des champs
de neige, ne laissaient souvent que de rares interstices où il fallait
se faufiler. Heureusement, nous avons trouvé un sentier,
pas tout à fait sans danger, qui nous a
conduits jusqu'à l'Alfeld. Ce
sentier de chèvres avait en fait été creusé par l'eau d'une source
finissant par presque former une cascade. Le long du filet d'eau
poussait la benoîte des ruisseaux (Geum rivale), la saxifrage étoilée
(Saxifraga stellaris) et des aconits qui n'étaient pas encore en
fleurs.
Après
nous être reposés à l'Alfeld dans la cabane des mineurs, nous avons repris le
chemin d'Oberbruck où nous sommes arrivés vers une heure et demie, après
être partis à cinq heures et quart du matin.
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Vogelsteine.
Lorsque
Christian Moritz
Engelhardt a entrepris l'excursion décrite ci-dessous, il ignorait les
noms des rochers auxquels lui et son ami ont été confrontés. Plus
tard, on lui a indiqué le nom Falkenstein qu'il a utilisé
dans son livre. Cependant la description des rochers et leur localisation ne
correspondent pas au Falkenstein, mais aux Vogelsteine et autres rochers
surplombant la
forêt des volcans de Wegscheid.
Alors
que je m'apprêtais à quitter ce havre de
paix niché au cœur d'une nature majestueuse pour rejoindre Paris,
ville tumultueuse mais si riche en sciences et en arts, mon envie de visiter le
fameux Rossberg, à la limite de la vallée
de Saint-Amarin, était plus vive que jamais. C'est
dans ce but que je me mis en route, en compagnie de Monsieur M. qui m'avoua
par la suite n'avoir prévu qu'une petite promenade matinale. Mon
compagnon me conduisit au fond de la vallée latérale derrière
Wegscheid jusqu'au pied du but de notre sortie, le Rossberg. Monsieur
M. voulait faire demi-tour, mais je l'ai fait changer d'avis en
lui promettant qu'au sommet il y aurait des marcairies où il
pourrait prendre son petit-déjeuner. Nous
avons d'abord remonté le lit d'un ruisseau presque asséché, puis nous
avons quitté cette sorte de charmille naturelle pour monter, toujours
tout droit, sur un tapis d'herbe fort glissant. La pente devenait de
plus en plus raide, si bien que nous ne pouvions presque plus nous tenir
debout. Nous nous sommes
rapidement retrouvés si haut que lorsque nous avons regardé derrière
nous, nous avons eu le vertige. Il restait une bonne distance à
parcourir sur ce gazon nu jusqu'à une petite coupe de bois que nous
n'avons atteinte qu'en rampant parfois à quatre pattes.
Nous
avons poursuivi l'escalade en nous accrochant à des buissons
clairsemés et des arbustes d'hellébore. Alors que nous pensions être arrivés au sommet,
d'imposantes falaises nous ont barré le chemin. Nous avons finalement
découvert un étroit passage entre deux blocs mais, plus haut, nous
nous sommes à nouveau heurtés à un mur rocheux. Là aussi, une
fissure de la largeur d'un étroit sentier nous a permis de progresser. Soudain, une paroi
de pierre transversale plus haute qu'un homme nous a empêchés d'avancer
plus loin. L'angoisse nous a gagnés à l'idée de
devoir rebrousser chemin sur ce sentier terriblement raide.
J'ai
demandé alors à Monsieur M.
de me faire la courte échelle : si je réussissais à atteindre le
dessus du rocher, je pourrais ensuite, en lui tendant la main, le hisser
à son tour. Ce plan réussit. Grâce à sa force et son agilité, en
retirant ses chaussures et en s'arc-boutant comme un ramoneur, et aussi
un peu à l'aide de mes mains qui le tiraient, il a pu me rejoindre en
haut de l'obstacle. Et c'est
ainsi, après avoir encore grimpé un peu, que nous avons atteint le
plateau sommital. Dans les proches environs, nous avons à nouveau vu des rochers
effrayants disposés de façon étrange. Isolés les uns des autres, ils
s'échelonnaient en formant un amphithéâtre épousant l'arc du cirque
montagnard. Dans les dépressions entre les rochers, j'ai cueilli la belle
centaurée des montagnes (Centaurea montana), puis la jolie
saxifrage paniculée (Saxifraga aizoon) dont
les feuilles dentelées de blanc forment des rosettes comme la joubarbe.
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Le
site des rochers des
Vogelsteine surplombant la
forêt des volcans de Wegscheid.
Origine
de l'image : https://www.francebleu.fr/
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Une
fois sur la croupe de la montagne, la marche était facile et nous avons
poursuivi notre ascension jusqu'au point culminant. Sous nos pieds, au
nord, la vallée de Saint-Amarin, et juste en face, le Ballon de
Guebwiller. Derrière nous, dans les profondeurs de la vallée de
Masevaux, le Ballon d'Alsace. Après avoir profité du paysage, nous
nous sommes hâtés vers une ferme d'altitude. Le marcaire, du nom de
Lutenbacher de Thann, nous a servi un excellent lait caillé, du beurre
et des pommes de terre.
Pour
le retour, on nous a indiqué un chemin moins périlleux qui passait à
côté d'une autre cabane de marcaire. Nous avons admiré une dernière
fois, mais cette fois-ci depuis un endroit sûr, nos formidables
rochers. Le sentier descendait en zigzaguant à flanc de montagne, si
abrupt qu'il a réveillé le vertige dont nous avions souffert dans la
matinée. Nous sommes toutefois rentrés sains et saufs à la maison en
passant par Rimbach. Nous étions partis à six heures et demie du matin
et sommes arrivés à Oberbruck vers trois heures.
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Rossberg.
La
randonnée vers le Rossberg a eu lieu quelques années après celles
décrites précédemment. C.M.
Engelhardt a gravi le Rossberg au départ de Saint-Amarin en compagnie
d'un groupe d'amis, hommes et femmes.
L'ascension
du Rossberg était prévue pour le lendemain. Mais au matin, le ciel est
gris et des averses de pluie balayent la vallée. Pourtant les
vaillantes pèlerines ne se sont pas découragées : "En avant,
montons !" telle a été leur décision. La chance sourit aux
audacieux, dit l'adage.
Juste
en aval de Saint-Amarin, nous traversons la Thur puis, à Malmerspach,
nous montons à gauche en longeant une corniche. Une forêt luxuriante
nous accueille ; le sentier suit un ruisseau qui sautille de cascade en
cascade. Le chemin est si
vert, si charmant, que nous oublions la pluie qui, doucement, nous
pénètre. Nous ne prêtons pas attention à l'anneau de nuages qui ceinture
la forêt comme une couronne. Chaque
rayon de soleil qui se faufile à travers l'ondée est accueilli comme
du beau temps.
Après
une longue ascension, la
forêt est derrière nous, les hautes chaumes nous accueillent. Nous nous abritons dans la première cabane de marcaire que nous rencontrons.
Là, nous séchons nos vêtements et préparons les pommes de terre pour
le repas. Seuls les botanistes bravent les intempéries et gravissent
les sommets ; là, à l'extrême est, le Thannerhubel, et derrière, la
pointe du Rossberg. Les plus persévérants sont récompensés par une
vue rare. La plaine du Rhin et les vallées de Masevaux et de
Saint-Amarin brillent au soleil. Les nuages flottent le long de la
chaîne de montagnes. Tandis que le brouillard s'accroche densément aux
zones boisées, la lumière illumine les champs et les prairies.
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Une
marcairie du Rossberg, un siècle après le passage de C.M.
Engelhardt. A l'arrière-plan, le sommet du massif.
Origine
de l'image : carte postale.
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Mais
soudain, au
coin de la montagne, le tonnerre gronde. Un épais brouillard tombe ; il nous enveloppe et cache le sentier. Même le guide perd son
chemin. Par bonheur, nous percevons l'appel de nos amis qui résonne sur
les chaumes et nous guide vers la marcairie. À présent, le temps
est déchaîné, la pluie tombe à torrents. Nous partageons le refuge
avec de sympathiques bergers. Nos aventures du matin et celles que nous
vivons encore sont les sujets de conversations animées lors du festin
haut en couleurs dégusté près du foyer où chante une énorme bouilloire à
café.
Peu à peu, les brumes
se dissipent et le soleil revient.
Tout
nous invite désormais à partir, mais nous devons encore patienter car
un ultime nuage orageux passe en semblant nous défier, mais c'est le
dernier.
Pendant le
peu de temps que nous avons passé sur les chaumes, nous avons cueilli
la saxifrage paniculée (Saxifraga aizoon) en grande quantité et
dans le plus bel état de développement, l'aconit tue-loup (Aconitum
lycoctonum), la scabieuse luisante (Scabiosa lucida),
l'orpin à feuilles épaisses (Sedum dasyphillum), l'athamante
oréoséline (Athamanta
oreoselinum), la rose des Alpes (Rosa alpina), la rose
pimprenelle (Rosa pimpinellifolia) et la rose de France (Rosa
gallica). Nous avons
observé que la gentiane jaune n'apparaît pas sur les hauteurs du
Rossberg. Dans cette vallée, on ne la trouve que sur le Gresson, le Ballon
d'Alsace et le
Langenberg qui le jouxte.
N'oublions
pas les bovins ! En les croisant, nous sommes impressionnés par les magnifiques troupeaux
qui font la réputation de ces pâturages. Par sa terrible puissance, le
taureau se pose en défenseur de la renommée du cheptel !
La
haute montagne nous réserve encore une merveille. Au détour d'un buisson,
on se retrouve en face d'un labyrinthe rocheux qu'autrefois j'avais
escaladé par le bas. Les masses des Vogelsteine dressent leurs fronts
imposants. Chaque rocher est un géant haut comme une maison, séparé
de quelques pas seulement de son inquiétant acolyte. Ils se succèdent
ainsi, rangée après rangée, entourant ce cirque dantesque comme si
les Titans s'étaient pétrifiés ici. En contrebas un précipice
vertigineux décourage hommes et bétail d'approcher cet effrayant parc
aérien où la flore de montagne la plus riche, d'un vert éclatant, s'épanouit
dans toute sa splendeur.
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Les
botanistes demandent en vain de prolonger leurs cueillettes. Les dames,
après s'être réjouies du spectacle de ces rares monstres rocheux, veulent à
présent redescendre car la pluie continue d'être menaçante et la vallée est encore lointaine. Enfin,
par un chemin creux et escarpé, nous atteignons Rimbach où les eaux du
Sternsee rejoignent le ruisseau que nous venons de suivre. Nous
traversons Horben puis Oberbruck. Notre vieille amitié avec M.
d'Argenson nous inciterait à nous y arrêter, mais nous poursuivons
vers la destination finale de notre expédition, Masevaux, où
nous attend une excellente auberge.
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Henri Ehret, février 2026.
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l'auteur.
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Sources
:
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Wanderungen durch die Vogesen
de Christian Moritz Engelhardt, disponible sur le site Gallica.
- Wikipédia.
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