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Laure Roehrich,
écrivaine de l'Alsace.
Présentation de
la vie et de l'œuvre de la Masopolitaine
de naissance
Laure Durot, épouse Roehrich (1847-1924).
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Les
citations et extraits d'œuvres de Laure Roehrich sont en
vert.
Les notes explicatives de l'auteur et les légendes des illustrations
sont en rouge foncé. |
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Première partie :
enfance et jeunesse.
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Cinq
années à Masevaux.
Laure Durot est née à Masevaux le 13 mai
1847. Son père, Charles Durot (1805-1889), est alors le directeur des
établissements Koechlin, Favre et Waldner spécialisés dans le
blanchiment, la filature et le tissage. Originaire de Clairegoutte
(Haute-Saône) où son père était pasteur, Charles Durot a commencé dès
l'âge de treize ans son apprentissage industriel à Mulhouse. Sa vie
durant, sans avoir fait d'études techniques poussées, il n'a eu de
cesse d'améliorer les machines de ses usines. Il avait la bosse de
l'invention qui lui faisait déposer de nombreux brevets. L'une de ses
machines a même figuré parmi les modèles de l'École Centrale des Arts
et Métiers de Paris.
La mère de Laure Durot est Élisabeth Witz (1805-1880), fille de
l'industriel Jean Witz, l'un des fondateurs de la cuivrerie de
Niederbruck. C'est dans ce village qu'a eu lieu en 1837 le mariage de
Charles et d'Élisabeth, créant une attache familiale durable de la
famille Durot avec la vallée de la Doller. Élisabeth Witz était une
sœur de Louise Witz et de Marie Witz, respectivement épouses des frères
Ferdinand et Frédéric-Guillaume Warnod. De ce fait, Laure Durot était
la cousine germaine d'Emma Warnod d'une part et d'Elvire Warnod d'autre
part.
Pour accéder à
la page : "Emma Warnod (1841-1885), femme de lettres et femme de foi." cliquer ici
À Masevaux, la
famille Durot habitait Cour du Chapitre, cet espace borné d'un côté par
un bâtiment de l'usine installée à l'emplacement de l'ancien cloître et
de l'autre par les ruines de l'église Saint-Léger. Les deux autres
faces de la place étaient fermées par les maisons où logeaient jadis
les chanoinesses de l'abbaye. Peu avant la Révolution, Xavière de
Ferrette, la dernière abbesse, avait fait construire ces demeures
spacieuses et élégantes par l'architecte Jean-Baptiste Kléber, le futur
général de Napoléon. Elle voulait pour ses moniales de haut rang un
appartement individuel raffiné approprié à une vie retirée propice à la
prière.
La maison voisine de celle des Durot était occupée par le comte César
Waldner de Freundstein (1792-1865), un descendant d'une des plus
illustres familles alsaciennes. Chef d'escadron de la garde impériale,
il avait participé aux principales campagnes du Premier Empire. Après
1815, à la suite de son mariage avec Amélie Koechlin, il s'était
reconverti dans l'activité manufacturière tout en jouant un rôle
politique en tant que conseiller général du canton de Masevaux. Laure
Durot gardera toute sa vie le souvenir de cet imposant vieillard aux
cheveux et à la barbe blanchis qui, à l'heure du café, la prenait sur
ses genoux, lui donnait un "canard" et racontait à l'auditoire subjugué
ses récits de batailles.
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La place du
marché de Masevaux telle que Laure Durot l'a connue vers
1850. L'imposante église abbatiale en ruines ferme la Cour du Chapitre
située entre les deux bâtiments à droite de la lithographie.
(Lithographie
de Schifferdecker éditée en carte postale.)
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C'est une fille du couple César Waldner et Amélie Koechlin, Laure,
alors âgée de 16 ans, qui a été choisie pour être la marraine de la
dernière-née des Durot à qui elle a donné également son prénom. La
petite Laure était fière de cette marraine, jeune, jolie et de noble
lignée. Les deux femmes sont restées en contact toute leur vie ; la
marraine, morte centenaire en 1931, a même survécu à sa filleule.
Laure Durot a passé les cinq premières années de sa vie à Masevaux.
Henriette, sa bonne originaire du Ban-de-la-Roche [Ban-de-la-Roche : voir plus bas], lui a fait découvrir qu'il y avait un
monde au-delà de la Cour du Chapitre : un "monde idéalement vaste de rivières, de
hautes montagnes dont mes yeux s'émerveillaient et dont ma petite âme
subissait l'intense attraction."
Ces
sorties la menaient au cimetière où était enterré son grand-père Witz,
sur les hauteurs en direction de Rougemont d'où, en septembre, on
pouvait voir les Alpes, au Schimmel où se déroulait un si beau
panorama. Parfois, Henriette lui faisait gravir le Ringelstein au
sommet duquel la petite fille prenait son goûter "tandis que la Doller à nos pieds roulait
mystérieusement ses flots rêveurs."
Avec sa bonne, la fillette parcourait
également les rues de Masevaux où elle humait l'odeur désagréable des
tanneries. Lors d'une promenade, elle a été témoin d'un drame : une
petite fille qui jouait sur les planches servant de passerelle de
fortune par-dessus la Doller tomba à l'eau et ne put être ranimée. Ce
tragique accident s'amalgama dans l'esprit de l'enfant avec la noyade
du jeune prince Mason et lui inspira une aversion superstitieuse pour
la Doller.
Le quotidien de Laure s'illuminait lorsque les Durot rendaient visite à
leur famille à Niederbruck et au Herzenbourg à Sickert. Elle
se délectait de l'immense jardin, avec ses innombrables allées, ses
kiosques, ses bancs ombragés de vigne vierge. Ses cousines Emma et
Elvire Warnod avaient six ans de plus qu'elle, elle ne pouvait partager
leurs divertissements. Alors, restant à l'arrière-plan, elle les
admirait comme des modèles. Pourrait-elle un jour atteindre leur
intelligence, leur instruction, leur élégance ?
Dans les décennies suivantes, nombreuses ont été les vacances que Laure
est venue passer dans la vallée de la Doller grâce à l'hospitalité des
Warnod. C'étaient les randonnées vers les sommets et les lacs vosgiens,
la cueillette des baies et des champignons, la visite des métairies
montagnardes, et aussi les fêtes de famille où toute la parenté se
retrouvait pour des agapes animées.
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Enfance
à Poutay.
En 1852, la famille Durot a quitté Masevaux pour
s'installer dans l'est du département des Vosges, à une vingtaine de
kilomètres de Saint-Dié, dans le hameau de Poutay où Charles a été
nommé directeur de l'usine textile.
Poutay fait partie de la commune de Plaine située dans la haute vallée
de la Bruche, à cinquante kilomètres au sud-ouest de Strasbourg et à
dix kilomètres en amont de Schirmeck. Le
hameau niche sur un plateau de moyenne altitude enserré entre les
massifs du Donon et celui du Champ du feu.
Nota : la commune de Plaine, initialement dans le
département des Vosges, a été rattachée au département du Bas-Rhin
après 1918.
C'est là qu'en
1826, un groupe de commerçants strasbourgeois a fondé une filature
mécanique mue par l'énergie hydraulique fournie par la Bruche. En 1826,
la filature comptait 8000 broches ; elle a été complétée en 1832 par un
tissage de 100 métiers. L'ensemble était installé dans un grand
bâtiment en grès rose haut de six étages.
La maison du directeur, si elle était moins
spacieuse et moins sélecte que celle de Masevaux, offrait en revanche
un cadre bucolique propre à enchanter la petite Laure. Devant le logis
se dressaient de grands platanes "au feuillage finement découpé qui
perdaient leur toison d'or dès le mois de septembre." En façade également, un sorbier apportait le
corail de ses baies tandis qu'un peu plus loin des marronniers
s'ornaient au printemps de leurs fleurs blanches tachées de jaune et de
rouge. Dans le jardin s'élevait un haut sapin que Laure apercevait dans
l'encadrement de sa fenêtre. Elle le vénérait particulièrement car,
dira-t-elle plus de cinquante ans plus tard, "je l'associais à mes plus intimes pensées
d'enfance et de jeunesse car j'y entendais à toute saison soit le
gazouillis des oiseaux soit la mystérieuse symphonie des vents." Un ruisselet traversait la propriété et
alimentait un étang bordé de mélèzes. Une haie de charmille touffue et
un odorant buisson de bois gentil où chantaient les fauvettes
charmaient les sens des âmes romantiques.
C'est dans cet environnent champêtre que Laure a grandi ; la maison de
Poutay est restée son port d'attache jusqu'à son mariage.
Seule enfant présente à Poutay
(ses deux frères plus âgés étaient en pension à Strasbourg), la petite
fille se consolait de l'absence de camarades de son âge par la
compagnie de ses chats, ses chiens, ses pigeons ainsi que d'une petite
chèvre blanche qu'elle avait attachée au pied de sa table de travail.
Cette intimité avec les animaux lui a donné la conviction que les bêtes
ont le sens "de
distinguer du premier coup, sans se tromper jamais, ceux qui les aiment
et les comprennent de ceux qui leur sont indifférents ou hostiles."
Quand elle a su
lire, c'est grâce aux livres qu'elle s'évadait de sa vie monotone en
tête-à-tête avec une mère peu loquace. Parmi ses lectures d'enfant : Les voyages de Gulliver, Les contes de Perrault et
de nombreux romans traduits de l'anglais comme
Le petit Duc ou Les colons du
Canada qui ont nourri son imagination et lui ont instillé
l'amour des vieux châteaux et des gestes médiévales.
D'un naturel remuant et communicatif, Laure avait cependant soif de
mouvement et de contact humain. Malgré les réticences de sa mère aux
relations trop populaires, elle trouvait des compagnons dans les
employés de la famille et de la fabrique qui ne demandaient qu'à la
choyer.
Henriette, sa bonne de Masevaux, l'avait
suivie à Poutay où sa sœur Adèle officiait à la cuisine. Les deux
femmes se sont dévouées pour Laure jusqu'à la fin de leurs jours. Le
jardinier Joseph Enclos l'a initiée aux boutures et au replant des
fleurs. En hiver, il la promenait sur son petit traîneau à travers les
prairies gelées. Parfois, il partageait avec elle, la "vaude de râpée" [beignets de pommes de terre] et lui chantait des mélopées en
patois vosgien. Avec le portier Grandadam, elle sonnait la cloche qui
annonçait la fin du travail et, à la sortie du personnel, elle
l'observait avec une pointe d'appréhension pendant qu'il inspectait les
poches des ouvrières en quête d'un éventuel larcin. Le cocher Franz
Labolle, ancien dragon, la captivait avec ses récits militaires tandis
que son successeur, Jean-Pierre Ferry, tailleur de métier, lui avait
confectionné de belles guêtres pour affronter les neiges. Parmi les
veilleurs de nuit, Laure appréciait le vieux Schweitzer et ses
histoires originales ainsi que Mougeotte dont le physique l'intriguait
car en plus d'un long nez de travers, il avait un visage dont les deux
côtés étaient tout différents l'un de l'autre.
Ainsi,
pour son
apprentissage de la vie,
l'enfant du patron a été autant redevable
aux fidèles serviteurs qu'à ses parents, parfois absents, souvent
accaparés par leurs tâches.
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Le
Ban-de-la-Roche.
Ces fréquentations plébéiennes n'ont
cependant aucunement éloigné Laure des valeurs familiales profondément
ancrées dans la religion réformée luthérienne.
L'éducation protestante de Laure a été marquée par le voisinage de
Poutay avec le Ban-de-la-Roche. Cette enclave protestante en milieu
catholique, composée de huit villages et de leurs annexes, avait acquis
quelques décennies auparavant une renommée internationale. En effet,
entre 1767 et 1826, cette contrée misérable avait été métamorphosée par
son pasteur, Jean-Frédéric Oberlin. Sous
sa direction quasi despotique, les routes et ponts avaient été
rétablis, l'agriculture s'était perfectionnée, l'artisanat diversifié
et l'industrie textile introduite. En même temps que de leur bien-être
matériel, le pasteur avait à cœur l'instruction religieuse et
l'éducation intellectuelle de ses paroissiens. Il a ouvert des écoles
pour lesquelles il créait lui-même le matériel pédagogique. Les bibles
ont été diffusées en grand nombre. Des ouvrages d'histoire naturelle et
de géographie dégagés des superstitions ont enrichi la bibliothèque du
presbytère ouverte à tous. Et, pour la première fois, une forme d'école
maternelle a été créée où Sara Banzet et Louise Scheppler,
"conductrices de la tendre enfance", éduquaient les
tout-petits livrés à eux-mêmes quand leurs parents travaillaient.
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Carte du
Ban-de-la-Roche, gravée par le pasteur Oberlin en 1776.
Les flèches
bleues localisent Poutay et Waldbach (aujourdhui Waldersbach)
(Origine de l'image : Wikipédia)
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Dès
sa prime enfance, la personnalité de Jean-Frédéric Oberlin s'est
imposée à Laure qui voyait en lui le modèle de l'homme universel. Elle
ressentait une double proximité avec lui : d'abord, une proximité
géographique puisque Waldersbach où avait résidé Oberlin n'était
éloigné que de cinq kilomètres de Poutay et, surtout, une proximité
familiale étant donné que le pasteur de Waldersbach depuis 1842 n'était
autre que son cousin, Charles-Emmanuel Witz. Celui-ci était par sa mère
le petit-fils du pasteur Oberlin et par son père un parent direct de la
mère Laure. De surcroit, il avait épousé à Niederbruck Fanny Warnod,
une cousine par alliance des Durot.
Laure admirait l'apostolat de Charles-Emmanuel qui continuait la
tradition de son grand-père, ajoutant que "ayant fait ses études de médecine après ses
études théologiques, il pouvait se dire à la fois le médecin du corps
et celui de l'âme."
Lors de ses
nombreuses visites à Waldersbach, Laure retrouvait avec émotion les
traces de l'apôtre du Ban-de-la-Roche et s'entretenait avec ceux qui
avaient été ses contemporains. Dans le presbytère de son cousin, tout
rappelait l'illustre prédécesseur : son fauteuil, sa table de travail,
les versets de la Bible qu'il avait imprimés, la selle de son cheval...
Elle écrira : "On eût
dit, trente après sa mort, qu'il était encore l'âme de ces lieux." Toute sa vie, elle restera attachée au
Ban-de-la-Roche auquel elle consacrera une étude historique.
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Premiers
pas dans la vie sociale...
Laure n'avait de relations avec des
jeunes de son âge que dans le cadre des fréquentations de ses parents
avec des familles de leur classe et de leur religion. Elle s'amusait
avec ses trois petits-cousins Witz de Waldersbach et s'initiait au
comportement en société avec les filles des notables protestants du
Ban-de-la-Roche.
À Fouday, elle fréquentait les Fallot et les Legrand, deux familles
alliées qui, à l'appel du pasteur Oberlin, avaient créé la rubanerie de
Fouday. À Rothau, elle était reçue chez les Steinheil, patrons de
l'importante usine textile locale. Pour la jeune Laure, c'était
l'expérience d'une vie sociale au contact de la fine fleur du
protestantisme qui a laissé des traces dans les mémoires. Ainsi
a-t-elle côtoyé Tommy Fallot (1844-1904), le frère de son amie Jenny,
qui sera l'initiateur en France du socialisme chrétien. Jenny
elle-même, sera la mère du pasteur Marc Boegner (1881-1970), la grande
figure du protestantisme français du XXe siècle. Maria Legrand, autre
confidente de Laure, épousera le pasteur et organiste Edmond Stern
(1844-1925), l'ami d'Albert Schweitzer, tandis que sa sœur Anna sera
l'épouse du pasteur Gustave Haerter. De son côté, Cécile Steinheil
convolera avec le directeur de filature Ernest Fuchs (1839-1913).
À Poutay même, Laure a profité de la vie mondaine du voisin de ses
parents pour approcher des personnalités remarquables. Ferdinand
Lefebvre, propriétaire d'une petite fabrique de cretonne, fin lettré
moins austère que ses confrères industriels, aimait recevoir des hôtes
distingués dans son salon. Laure y a rencontré le médecin
strasbourgeois Charles Schutzenberger (1809-1881) et son neveu, le
peintre Louis Schutzenberger (1825-1903). Parmi les habitués également,
Constance Lefebvre, la sœur de Ferdinand, qui s'était illustrée par ses
prouesses d'alpiniste et ses voyages lointains en Égypte et en
Palestine. Avec elle, à présent sexagénaire, Laure a été entraînée dès
ses huit ans dans les randonnées dans les Vosges dont elle restera
passionnée toute sa vie.
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(Origine de l'image :
Wikipédia)
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Autre figure de ces
lieux qui a marqué Laure, la quakeresse anglaise Anne Knight
(1786-1862), infatigable militante pour l'abolition de l'esclavage puis
pour le droit de vote des femmes. Au soir d'une vie vouée à des combats
en avance sur son temps, elle était venue s'établir à Waldersbach pour
finir ses jours là où avait œuvré le pasteur Oberlin. Soutenue par
Jules Ferry qui lui avait promis de défendre ses revendications à
Paris, elle s'était fait photographier à Saint-Dié avec un écriteau où
étaient tracés ces mots :
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By
tortured million,
By our Divine Redeemer,
Enfranchise Humanity,
Bid the outraged World :
BE FREE !
Traduction par Laure
Roehrich :
Au
nom d'un million de gens torturés,
Et pour l'amour de notre Divin Rédempteur,
Affranchissez l'Humanité
Et dites au monde outragé :
SOIS LIBRE !
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La soirée la plus mémorable chez les
Lefebvre a été celle où Jules Ferry (1832-1893), alors jeune avocat, a
lu à l'assistance quelques pages des Châtiments
de Victor Hugo qui venaient de paraître en Belgique [en
1853] et que les opposants à Napoléon III se
passaient sous le manteau. Laure qui, malgré son jeune âge, avait
pressenti la brillante carrière du "grand Vosgien", écrira plus tard : "Ce
fut beau, grandement et simplement beau. Nous étions suspendus aux
lèvres du lecteur. La pâleur de son visage et l'ardeur de son regard
soulignaient encore la puissance vengeresse de cet éreintement du
régime si fatal à la France… Puis quand le lecteur arrivait au vers «Qui donc es-tu ? Je suis ton crime, dit la voix» on
était saisi d'un frisson qui me secoue encore aujourd'hui, à tant
d'années de distance."
...et
premiers voyages.
Malgré l'éloignement, la famille de
Laure entretenait des relations suivies avec sa parenté. Elle se
rendait régulièrement à Niederbruck auprès des tantes et des cousins de
Laure. Ces voyages étaient alors toute une expédition. Au départ de
Poutay, il fallait d'abord rejoindre en voiture à cheval la gare de
Sélestat distante de 35 kilomètres : un trajet mouvementé de plusieurs
heures à travers le val de Villé avec la difficile côte de Steige. Le
train emmenait ensuite les voyageurs jusqu'à Thann où la calèche des
Warnod les attendait pour les conduire à Niederbruck. Ce n'est qu'en
1869 que le chemin de fer s'est rapproché de la haute vallée avec
l'ouverture de la ligne jusqu'à Sentheim.
Un plus grand voyage a conduit Laure et sa mère au pays de Montbéliard
où les Durot avaient une vaste parenté. À Montbéliard, elles étaient
les hôtes de la famille des tanneurs Fallot dont était issue la
grand-mère paternelle de Laure. De là, elles ont rayonné vers
Héricourt, Étobon, Couthenans, Clairegoutte où, dans chaque presbytère,
d'accueillants cousins mettaient les petits plats dans les grands en
leur honneur. Laure a particulièrement découvert le riche passé
d'Étobon. Le vieux château en ruines et la "fontaine de la comtesse"
lui ont appris la personnalité hors du commun d'Henriette de
Montbéliard qui mourut là en 1444 et devint une héroïne des légendes
locales. Un siècle plus tard, ce modeste village s'enorgueillissait
d'avoir déjà été doté d'une école obligatoire de 6 à 13 ans pour
l'enseignement de la foi luthérienne.
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Formation
scolaire.
Après son arrivée à Poutay, Laure n'a pas eu
d'instruction scolaire très suivie, ce qui lui fera dire :
"Jusque-là, je n'avais guère
fait que l'école buissonnière." Certes,
sa mère lui a appris à lire très tôt, mais, contrairement aux autres
familles de leur condition, les Durot n'ont pas engagé de préceptrice
attitrée à domicile. Ils se sont contentés de faire donner à leur fille
deux heures de leçons chaque après-midi par l'instituteur Louis Claude
de Waldersbach (un fils de l'instituteur contemporain d'Oberlin).
Laure
appréciait cet enseignant qui s'attachait "à exercer (son) raisonnement
et à favoriser les élans de (son)
imagination." Mais elle reconnaîtra que ce maître était
bien trop indulgent et que ses leçons l'avaient laissée plus ignorante
que la plupart de ses compagnes du même âge.
Pour
pallier les retards de leur fille, ses parents l'ont envoyée en pension
en avril 1859, alors qu'elle n'avait que 12 ans. Ils ont choisi
l'institution des demoiselles Friedel à Strasbourg où Emma Warnod, la
cousine de Laure de Niederbruck, venait de passer deux ans.
[de 1856 à 1858]
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L'enseignement à la pension Friedel est décrit
dans la page consacrée à Emma Warnod.
Pour lire cette description, cliquez ici.
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Laure est restée quatre années dans la
pension Friedel. Après l'enseignement trop complaisant de M. Claude,
elle a eu énormément de peine pour se mettre au pas avant de prendre
réellement goût aux études. Plus tard, elle reconnaîtra qu'arrivée
"revêche et indisciplinée
comme une enfant de la nature,"
elle avait été formée à se connaître et à lutter contre son orgueil, sa
faiblesse de caractère et son égoïsme. L'institution l'a mise en
capacité d'acquérir des convictions par elle-même et de s'armer pour
affronter les épreuves de la vie. Son professeur d'histoire et de
littérature, M. Lichtenberger disait : "Nous n'avons fait que poser les fondements,
à vous maintenant de bâtir là-dessus et d'achever l'édifice."
Autre fruit de
ses années à Strasbourg : Laure y a véritablement saisi la réalité de
l'Alsace. Jusque-là, elle avait vécu à la périphérie de la province
sans en percevoir le caractère profond. A Masevaux, elle était trop
jeune pour comprendre que sa famille, francophone et protestante, était
une exception dans un environnement catholique et germanophone. Puis
elle avait grandi à Poutay, au cœur du pays welche, dont les habitants
parlaient un dialecte roman bien distinct de l'alsacien germanique.
De nombreuses
occasions permettaient aux pensionnaires de Mlles Friedel de découvrir
Strasbourg et ses environs. C'était pour les obligations du culte et
les cérémonies religieuses comme la confirmation de Laure à l'église
Saint-Pierre-le-Jeune, mais aussi pour les multiples manifestations,
tant à destination de la bonne société que des classes populaires.
Laure appréciait les festivals, les conférences et les concerts. Elle a
assisté à la représentation de L'Enfance du
Christ sous la direction d'Hector Berlioz lui-même. Elle
était sensible aux démonstrations patriotiques : les fêtes pour les
victoires françaises en Italie et au Mexique et les revues militaires
sur la place Kléber où elle a vu Napoléon III à deux reprises. Avec ses
camarades, Laure fréquentait les grandes foires : celle de Noël sur la
place Kléber et celle de la Saint-Jean au parc des Contades où elle a
suivi des séances de prestidigitation.
Pendant les vacances de la Pentecôte, les pensionnaires changeaient
d'air lors d'un séjour au Hohwald d'où elles excursionnaient jusqu'aux
sites emblématiques : les châteaux de Haut-Andlau et du Landsberg, le
Mont Sainte-Odile, le Mur païen.
Pour Laure Durot, les quatre années de
formation à Strasbourg ont posé les bases de son profil culturel qui
lui a permis d'intégrer l'élite du monde intellectuel et artistique
alsacien. Elle s'est prise d'une passion jamais démentie pour
l'histoire de l'Alsace et, tout en cultivant un ardent patriotisme
français, elle a compris la nécessité impérieuse de posséder la langue
allemande. Son identité sera marquée par cette symbiose des cultures
française et allemande née en pension dans ses jeunes années : "C'est là que j'ai commencé à me sentir
vraiment Alsacienne, à connaître mon vieux Strasbourg et à concentrer
sous l'ombre chérie de la cathédrale tout
ce que mon cœur a d'attachement pour mon pays."
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De
retour à Poutay : formation d'une personnalité.
La
sortie de pension à l'été 1863 a été difficile pour Laure Durot, alors
âgée de seize ans. Après la vie en collectivité, les études
intéressantes, les ressources de la grande ville, c'était le retour à
la solitude de Poutay. Elle n'avait plus l'âge de se satisfaire de la
compagnie des chats et des poules et les occupations permises par son
statut social étaient bien restreintes. Aussi s'est-elle réfugiée dans
l'étude pour compléter l'instruction reçue en pension et perfectionner
sa connaissance de la langue allemande dont elle ne possédait alors que
des rudiments.
Une culture littéraire
approfondie.
La lecture lui est devenue une
passion dévorante. Ce n'était plus le temps du romanesque et de la
fantaisie, mais celui d'œuvres souvent ardues et d'un grand éclectisme
: "Je dévorai et
annotai ainsi La Littérature au XVIIIe siècle
de Villemain, un traité de botanique, des travaux historiques de Mignet
et d'Augustin Thierry et surtout L'Histoire
des premiers siècles de l'Église d'Edmond de Pressensé." Les principaux classiques garnissaient sa
bibliothèque ainsi que des contemporains qui questionnaient la foi
chrétienne de la jeune fille : Henri Lacordaire (1802-1861), Eugénie de
Guérin (1805-1848), le père Gatry (1805-1872), Madame de Gasparin
(1813-1894). En poésie, Laure affectionnait Musset et Hugo. Elle
adulait Victor Hugo au point d'avoir gardé toute sa vie, collée dans un
album, une relique du génie littéraire envoyée par une amie de pension.
Celle-ci avait rencontré Hugo à Lichtenthal [en
1864] et
l'avait abordé d'une façon naïve et charmante "le priant de cueillir pour elle et pour moi
un petit rameau vert, ce que fit avec sa bonté coutumière le grand
poète en ajoutant : «Que vous êtes gentille !»"
Les cours
d'allemand suivis à la pension n'avaient pas suffi pour comprendre
suffisamment les classiques allemands et, surtout, Laure parlait peu et
mal la langue. Aussi s'est-elle astreinte pendant des années à des
efforts opiniâtres pour combler ses lacunes. "J'appris par cœur La
cloche [Das Lied von der Glocke] et (d'autres)
ballades de
Schiller ainsi que les plus beaux cantiques allemands et des parties de
la traduction de Luther du Nouveau Testament." Le mari de son amie Anna Legrand, le
pasteur Gustave Haerter, lui faisait réciter ces textes et
s'entretenait avec elle en allemand durant leurs promenades.
"C'est ainsi que je fus
initiée aux beautés de cette langue dont je n'avais guère eu l'idée
auparavant"
a-t-elle pu
écrire vers sa vingtième année.
Comme toute demoiselle de bonne famille,
Laure s'adonnait aux arts : elle jouait du piano et développait ses
prédispositions pour les arts graphiques, d'abord sous la direction de
son père qui lui a appris l'aquarelle, puis de maîtres strasbourgeois
qui lui ont fait travailler le dessin et la peinture sur porcelaine.
Un besoin d'agir inassouvi.
Si Laure aimait la spéculation
intellectuelle, la méditation morale et la pratique artistique, elle
souffrait cependant de la sédentarité de son quotidien. Réfléchir ne
lui suffisait pas, sa nature profonde lui demandait d'agir. Elle trouva
un dérivatif à sa mélancolie en consacrant du temps aux œuvres
philanthropiques qui étaient alors l'apanage des familles patronales :
visite des malades, confection de vêtements pour les nécessiteux,
soutien à l'école de la fabrique, organisation des fêtes de Noël,
promotion de l'éducation populaire par la distribution de l'Almanach des
bons conseils. [qu'un curé
des environs avait désigné en chaire comme un manuel hérétique.]
"Oh ! Mamzelle
Laure, elle est pour le bien-être" avait dit le maire de Plaine lors d'une
réception officielle, signifiant par-là "qu'elle prenait un intérêt actif aux
privations du prolétaire ou, dit plus simplement, avait le souci de lui
procurer un peu de réconfort."
Mais le vrai
remède à une vie trop recluse, Laure l'a trouvé dans la marche en
montagne. Sa mère ne comprenant pas qu'on puisse ainsi se fatiguer sans
utilité, elle profitait de l'heure de la sieste de ses parents pour
s'échapper dans la nature. Elle ne se lassera pas de ces courses
quotidiennes ; il lui fallait "la vaste campagne, les escalades de
montagnes, cette liberté des champs, des bois, des cimes qui défie
l'anémie, enrichit le sang et éclaircit les idées." Les villageois,
habitués à la rencontrer par monts et par vaux, disaient dans leur
patois vosgien :
"La Laure, fa
qu'elle n'alleusse !" [il faut
qu'elle marche, qu'elle aille, qu'elle agisse]
Des
voyages formateurs.
Par
contraste à la monotonie de la vie à Poutay, les voyages où
l'emmenaient ses parents étaient autant de péripéties exaltantes. En
plus des pèlerinages familiaux à Niederbruck et au pays de Montbéliard,
Laure a séjourné plusieurs fois en Suisse : Genève, Ferney et la maison
de Voltaire, la vue sur le Mont-Blanc, le lac de Lucerne, le Rigi…
En 1867, à l'occasion de l'exposition
universelle, les Durot ont passé une quinzaine à Paris. La jeune fille
de vingt ans en a été émerveillée : "Je voyais la capitale pour la première
fois, et il m'est resté […] une impression exquise de monuments aux
formes sveltes et élégantes se profilant sur un ciel d'azur. Et, devant
ces palais, défilaient… des cortèges de souverains en carrosses dorés,
un sultan au fez rouge, et, au Bois de Boulogne, la figure d'une
Impératrice ressortant d'un chapeau aux reflets métalliques, sous les
dentelles d'une ombrelle inclinée."
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L'exposition
était installée sur le Champ-de-Mars où a été construit un vaste palais
elliptique entouré par un parc où sont érigés des centaines de
pavillons éphémères.
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Vue officielle
à vol d'oiseau de l'exposition universelle de
1867. (Origine de l'image :
Wikipédia)
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Paris,
c'était aussi la rencontre avec les chefs d'œuvre seulement connus
jusque-là par les livres. Laure a vu Les
Femmes Savantes au Théâtre Français, a assisté à une
représentation de La Flûte enchantée
et a arpenté les galeries du Louvre et du Luxembourg. Et, summum pour
cette âme romantique, le recueillement au Père Lachaise sur la tombe
d'Alfred de Musset mort dix ans auparavant. Quelle émotion pour elle de
voir gravés les célèbres octosyllabes :
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La jeune fille sentimentale s'est approchée
du saule planté là selon le vœu du poète et, pour son album de
souvenirs, s'est autorisée à en arracher un petit rameau, ainsi qu'à
cueillir une des marguerites blanches fleurissant la tombe.
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(Origine de l'image : https://www.unjourdeplusaparis.com/)
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La
guerre de 1870-1871.
La guerre franco-allemande qui a éclaté le 19 juillet
1870 a plongé Laure Durot dans une stupeur douloureuse doublée d'une
amère désillusion. À l'instar des Alsaciens cultivés de son temps, sa
double culture lui avait donné de fortes sympathies pour l'Allemagne
dont elle ne voyait que le côté intellectuel et poétique, tandis
qu'elle réprouvait les excès chauvinistes de la France de Napoléon III.
Mais quand les hostilités ont été déclenchées, son idéalisme a été
bousculé par la réalité. Bien qu'en apparence à l'écart au fond de la
vallée de la Bruche, les Durot ont pourtant subi les évènements de
plein fouet. Dans les villages tout était en désarroi, les réservistes
partaient, laissant leurs familles en larmes. On a vu passer les
cuirassiers français se dirigeant vers la frontière de l'Est, ceux-là
même qui seront décimés dans les rues de Morsbronn. Ensuite sont
arrivées les rumeurs des défaites françaises, hélas bientôt confirmées,
suivies par le retour vers les Vosges des fourgons des vaincus avec
leurs blessés. La peur des Prussiens a propagé la panique. Certains
fuyaient vers la montagne, d'autres enterraient leurs biens précieux.
Avec l'arrivée des soldats allemands ont commencé les cantonnements et
les réquisitions que le père de Laure, en tant que notable, devait
satisfaire : pain, viande, foin, avoine, vin, cigares en quantités
démesurées. Et lorsque les premiers francs-tireurs sont entrés en
action, les Prussiens menaçaient de fusiller des otages et d'incendier
les villages suspectés de complicité.
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Tableau
d'Édouard Detaille :
"La charge du 9e régiment de cuirassiers
dans le village de Morsbronn."
(Origine de l'image : Wikipédia)
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Les relations
commerciales étaient coupées par les mouvements des troupes et le siège
de Strasbourg. Le père de Laure, n'ayant plus de fonds pour payer son
personnel, prit le parti d'envoyer son épouse et sa fille, munies d'un
sauf-conduit, chercher de l'argent à Mulhouse. C'est le cocher
Grandadam qui voitura les deux femmes à travers les corps d'armées en
voie d'investir Sélestat et Neuf-Brisach. Après une nuit mouvementée à
Colmar et avoir échappé de peu à un combat de francs-tireurs à
Gueberschwihr, elles arrivèrent à Mulhouse où on leur remit quelques
milliers de francs que, faibles femmes au milieu du déchaînement de
violence guerrière, elles ramenèrent à Poutay.
L'annexion de l'Alsace à l'Empire allemand par le traité de Francfort
en 1871 aura une conséquence déterminante sur la vie d'adulte de Laure
Durot. Pendant près d'un demi-siècle, elle composera entre sa
personnalité d'Allemande socialement intégrée et son cœur d'ardente
Française qui s'exprimera dans son œuvre littéraire.
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Mariage.
Par un étonnant
clin d'œil du destin, c'est dans la vallée de la Doller où Laure
s'était éveillée à la vie qu'elle allait "trouver le
compagnon de (son) pèlerinage
terrestre."
Le
3 octobre 1872 a eu lieu à Sickert le mariage de Julie Warnod
(1849-1938) et d'Émile Beck (1845-1900) qui a rassemblé une large
parentèle au Herzenbourg. Laure Durot y était présente en tant que
cousine d'Emma Warnod, tante de la mariée. Lors de la soirée dansante à
laquelle ni l'un ni l'autre ne participait, Laure a fait la
connaissance d'un cousin germain du marié, Ernest Roehrich, alors
pasteur à Morsbronn. Né à Illkirch près de Strasbourg, fils et
petit-fils de pasteur, Ernest était de six ans l'aîné de Laure. Le
lendemain, un lunch au bord du lac de Sewen puis l'escalade du Ballon
d'Alsace ont permis aux deux jeunes gens de sentir qu'ils étaient
destinés l'un à l'autre. Ils se sont revus à Strasbourg en qualité de
parrain et marraine d'une jeune cousine, puis leur relation s'est
conclue par le mariage à Plaine le 25 août 1874. Laure partagera
désormais la vie d'Ernest dans ses lieux d'exercice successifs : à
Morsbronn où sont nés leurs quatre enfants, ensuite à Niederbronn, puis
dans le Jaegerthal et enfin à Erstein.
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Seconde partie :
l'écrivaine.
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Caractères
et intentions des écrits de Laure Roehrich.
Dès
le milieu des années 1860 et les longues heures de solitude à Poutay,
Laure Durot rêvait d'une activité littéraire. Mais ce n'est qu'après
son mariage qu'elle trouva la confiance pour écrire et publier. Pour
elle qui, dans le giron familial, se morfondait par manque d'action, la
triple tâche de femme de pasteur, de mère de famille et d'auteur fécond
venait à point pour épanouir sa vie d'adulte.
La nouvelle écrivaine qui signait "Mme
Ernest Roehrich" ou "Mme Laure Roehrich" écrivait en français et
faisait publier ses livres par des éditeurs parisiens. Dans la préface
de son premier roman paru en 1878, l'auteur annonçait ainsi les visées
de ses ouvrages : "Si
ce récit, qui s'adresse spécialement à la jeunesse française, peut
contribuer à resserrer les liens d'affection qui unissent notre Alsace,
si peu connue et si intéressante à étudier, à nos frères de France,
nous serons amplement récompensée d'avoir concilié à notre pays natal
de nouvelles et durables sympathies."
Citoyenne
allemande au cœur français, Laure Roehrich a travaillé durant les 53
ans de l'annexion à tisser des liens entre l'Alsace et la France. En
leur faisant connaître les mœurs, l'histoire, la géographie, la
botanique, les particularismes de l'Alsace, elle voulait que les
Français gardent une vision positive de la province perdue. Mais, à la
différence des nationalistes français de l'époque, elle ne versait pas
dans l'hostilité envers l'Allemagne. Elle nourrissait l'idéal d'une
coexistence des deux cultures dans sa province natale.
L'œuvre de Laure Roehrich est variée :
elle a écrit des romans, des études historiques et géographiques, des
biographies, des recueils d'anecdotes et de souvenirs, des poésies
ainsi que de nombreux articles dans des revues françaises.
Elle trouvait l'inspiration dans sa connaissance approfondie de
l'Alsace appuyée sur ses recherches historiques, son expérience des
alsatiques et sa parfaite maîtrise de l'allemand. Pour mettre la
sensibilité allemande à la portée du lecteur français, elle traduisait
des textes allemands anciens ou en imitait la facture dans l'écriture
de poésies ou de cantiques. Tous ses ouvrages se plaçaient dans la
spiritualité protestante : pour le public lettré réformé, elle faisait
partie des auteurs protestants reconnus de son époque.
Ses contemporains reconnaissaient à Laure Roehrich de belles qualités
de narratrice. Son style enjoué et porté sur la poésie était
caractérisé, selon l'écrivain Benjamin Valloton (1877-1962), par le don
de l'émotion discrète. Un autre critique estimait que son écriture
unissait "le sérieux de la pensée allemande à toutes les grâces de
l'élégance française."
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Principales
publications de Laure Roehrich.
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(Origine de l'image : Gallica)
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Grétel, récit
alsacien. (1878)
Ce roman est inspiré d'une histoire
vraie. L'action se passe au XVIIe siècle, à Kirrwiller, village
protestant de basse Alsace dont l'auteur dépeint la mentalité, les
croyances et les usages. Le personnage central est Marguerite Mezger,
dite Grétel. Cette fillette, délaissée par ses parents, a été
recueillie par son oncle qui l'exploite et la maltraite au point, lors
d'un accès de brutalité, de lui faire perdre l'usage des jambes. Le
récit comprend un épisode de la Guerre de Succession d'Autriche quand,
en 1744, les Pandoures du baron de Trenck ravagent la région. Ils
pillent le village mais, curieusement, épargnent la jeune infirme et sa
vieille grand-mère. Après quatre années de paralysie, Grétel retrouve
l'usage de ses jambes. Pour certains c'est un miracle, pour d'autres un
pacte satanique. Déchirée entre les factions religieuses, elle quitte
nuitamment le village. Douze ans plus tard, à présent sereine et
assurée dans sa foi, elle revient à Kirrwiller pour un dernier adieu.
En effet, avec les Frères Moraves qui l'ont accueillie dans leur
communauté, elle va rejoindre leur ville de Sarepta en Russie où elle
terminera ses jours.
[Les Frères Moraves sont une communauté protestante créée en 1727 et se
réclamant du réformateur tchèque Jan Hus mort en 1415. En 1765, quand
l'impératrice Catherine II attirait des colons allemands en Russie, ils
ont fondé la ville de Sarepta. D'après Laure Roehrich, le nom de
Marguerite Mezger, veuve Langerfeld, décédée
en 1802, était encore vénéré à Sarepta dans les années 1870.]
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(Origine de l'image : Gallica)
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Fleur-de-Genêt. (1881)
Cette nouvelle destinée à la jeunesse
est inspirée de la propre vie de Laure Roehrich. Si ce n'est pas
strictement une autobiographie, le lecteur averti reconnaît cependant
dans les personnages, les lieux et les évènements historiques des
similitudes avec l'enfance et la jeunesse de l'auteure. L'action se
situe alternativement dans une vallée vosgienne et à Strasbourg.
L'héroïne est Madeleine que son grand-père appelle "Fleur-de-genêt".
Héritière d'une famille fortunée, elle est élevée par sa tante et son
grand-père dans une propriété cossue. "Fleur-de-genêt" est une petite
fille espiègle qui aime courir la campagne et jouer avec les animaux de
la ferme. Sa tante aux idées étroites et à cheval sur les convenances
est exaspérée par les incartades de la fillette si bien qu'elle la
confie à une cousine, femme de pasteur chez qui l'enfant s'épanouit.
Quelques années plus tard, lorsque Madeleine entre en pension à
Strasbourg, les angles trop vifs de son caractère se sont arrondis et
elle est devenue une jeune fille sérieuse aux bonnes manières. Le temps
des études passé, elle revient chez son grand-père et sa tante laquelle
projette de la marier à un affairiste surtout intéressé par la dot de
la jeune fille. Or celle-ci s'est prise d'affection pour Wilfrid, un
jeune théologien connu à Strasbourg.
Survient alors la guerre de 1870 qui bouscule tout. Le grand-père est
ruiné par les imprudentes spéculations de l'affairiste et son château
est détruit par un incendie. La tante doit se réfugier chez sa cousine.
Madeleine ne peut rejoindre Wilfrid car Strasbourg est assiégée. Le
jour de la reddition de la ville, elle le retrouve enfin, mais Wilfrid,
blessé, expire sans ses bras.
"Fleur-de-genêt" retourne dans sa vallée natale. Soutenue par sa foi,
elle consacrera sa vie aux pauvres et aux malades .
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Souvenirs
d'un grand-père. (1885)
Dans cet ouvrage, Laure Roehrich retrace le
parcours de vie de son père, Charles Durot. Celui-ci raconte à ses
petits-enfants les difficultés et les peines
qui ont marqué sa
jeunesse jusqu'au moment où la prospérité est venue couronner son
activité persévérante. Le message du patriarche à ses descendants est
"que le seul bonheur durable
ici-bas se trouve dans le devoir accompli, l'amour dévoué du prochain,
la foi simple et confiante en Dieu…"
Au lointain de ma vie, souvenirs
d'une
grand-mère. (1930)
Dans les dernières années de sa vie, Laure
Roehrich a rédigé ce recueil de souvenirs à destination de ses enfants
et petits-enfants. Elle y relate son enfance et sa jeunesse jusqu'à son
mariage, ainsi que ses débuts en littérature. Le livre n'a été publié,
grâce à l'obligeance d'une parente de l'auteur, qu'en 1930, soit six
ans après son décès.
Le pasteur F.H. Haerter. (1889)
Cette publication est consacrée au pasteur
François-Henri Haerter (le père de Gustave Haerter, mari d'Anna
Legrand, l'amie de Laure.) Le pasteur François Henri Haerter
(1797-1874) a joué un rôle de premier plan dans le protestantisme
alsacien. Il a notamment fondé en 1842 la congrégation des Diaconesses
de Strasbourg qui se consacraient aux activités sociales : écoles,
garde-malades, crèches, soupes populaires.
Emma Warnod, notice biographique. (1893)
Laure Roehrich
présente la vie et l'œuvre de sa cousine Emma
Warnod (1841-1885).
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Études
historiques et géographiques.
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Cet
ouvrage rassemble des articles parus sous forme de feuilleton dans la
revue française Le Journal d'Alsace.
L'auteur relate quatorze excursions dans des sites remarquables de
l'Alsace du Nord. Pour chaque destination, Laure Roehrich dépeint le
cadre naturel, les localités les plus caractéristiques, leurs monuments
avec une prédilection pour les vestiges médiévaux. Puis c'est la place
aux réminiscences du passé : elle narre les péripéties dramatiques de
l'histoire locale et trace le portrait des personnages emblématiques du
lieu.
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(Origine de l'image : Gallica)
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Dans un genre
voisin :
Le
Ban-de-la-Roche, notes historiques et souvenirs. (1890)
Les Vosges alpestres, autour du Hohneck et du Ballon. (1897) |
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Recueils
d'anecdotes et de souvenirs.
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Origine de l'image : https://www.le-livre.fr/
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Vieux Strasbourg et vieille Alsace. (1910)
Selon les mots de l'auteur, ce livre propose au lecteur un choix de
récits véridiques et de souvenirs sans prétention. Ces pages,
écrit-elle, n'aspirent
qu'à faire revivre un peu de notre Strasbourg d'autrefois et de notre
vieille Alsace dont la physionomie va se transformant davantage chaque
année. [nous
sommes en 1909]
Laure Roehrich
présente des récits du XVIIIe siècle, du temps béni d'Oberlin mais
aussi des heures sombres de la Terreur. Elle trace également les
portraits de personnages qui l'ont marquée, avec un penchant pour les
humbles comme Henriette, sa bonne dévouée, ou la pauvre paysanne
accablée par le malheur. Elle nous livre des souvenirs de ses années de
pension, ses réflexions sur les traditions familiales et le retour des
saisons, sans oublier quelques développements sur l'histoire de maisons
strasbourgeoises remarquables. Au total, vingt-six histoires pour
préserver les idéaux de la province qui doivent être transmis intacts
aux jeunes générations.
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| Dans le même
genre :
De
fil en aiguille (1879) : une sélection
de notices biographiques, de bluettes et de poésies.
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Chez nous. Poésies. (1885)
Un critique définit ce volume comme "une
gerbe poétique cueillie pendant ces dernières années dans la belle
nature des Vosges au cœur desquelles se cache le tranquille presbytère
abritant son bonheur domestique." L'ouvrage rassemble des pièces
intimes, profanes et religieuses, qui célèbrent les joies du foyer, de
la nature et de l'amour divin mais aussi les souffrances et les
mystères de l'existence.
Ci-contre, quatre strophes du poème Neige
d'avril.
Fleurs et Sapins des Vosges. (1905)
Dans ce petit livre de vers, Laure
Roehrich propose des poèmes qui touchent le cœur et l'esprit. Ce sont
de petits tableaux où fleurs, bois et montagnes donnent vie au paysage
de l'Alsace dont l'histoire et les légendes ne sont pas oubliées.
L'auteur s'adresse au lecteur français pour l'inviter à partager son
amour pour la province perdue.
Ci-contre, le poème La
Source.
Dans le même esprit :
Noëls d'Alsace
: recueil de poésies, chants et saynètes (1922).
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J'ai vu les cerisiers, comme
des fiancées,
Ouvrir dans le vallon leur bouquet virginal,
Les forêts de tons clairs et tendres nuancées,
Et, dans les taillis verts, les fauvettes bercées,
Répéter à l'envi leur hymne matinal.
Hélas, sur l'arbre en fleur a soufflé la tempête
Et le ciel s'est couvert d'un triste rideau noir,
Des frissons ont passé sur la terre inquiète,
Les fougères des bois ont incliné la tête,
Et la neige glacée a détruit tant d'espoir !
J'ai
vu des cœurs joyeux, des jeunesses riantes,
Des fronts sereins et purs sourire au nouveau jour,
Comme les cerisiers et les fleurs odorantes,
Comme les bourgeons verts, comme les frêles plantes,
Et comme les oiseaux, chanter leur chant d'amour.
Il suffit d'un matin… On ne les vit reprendre
Leur éclat, leur beauté, leurs rires, ni leurs chants,
Et la mort, de son doigt glacé, vint les surprendre
A l'heure où nul encor ne songeait à l'attendre,
Au sein des rêves d'or, des espoirs grandissants.
Laure
Roehrich
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La
Source.
D'où
vient-elle ? Mystère !
Elle a jailli de terre,
Et, dans le gazon frais,
Pris son cours sans apprêts.
Quand l'été nous altère,
À cette eau salutaire,
En sa coupe de grès
Nous buvons à longs traits.
Constante dans sa tâche,
Elle court sans relâche,
Et la nuit et le jour
Sans limite et sans âge,
N'est-elle pas l'image
De l'éternel amour ?
Laure
Roehrich
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Pendant
plusieurs décennies, Laure Roehrich a écrit dans diverses revues
françaises protestantes, parmi lesquelles La Femme, Signal,
La Revue Chrétienne.
Les sujets de ses articles étaient multiples :
méditations religieuses, comptes-rendus et critiques de livres
récemment parus, conseils sur l'éducation des enfants, réflexions
morales sur l'évolution de la société, ainsi que des textes plus
récréatifs comme le feuilleton Odile paru dans la
revue Signal. Pour la presse parisienne, la
collaboration de l'Alsacienne était précieuse car Laure Roehrich
témoignait depuis la "France de l'extérieur" comme on appelait alors
les territoires annexés en 1871. Ses contributions attestaient de la
permanence en Alsace de l'attachement à la patrie perdue.
Les publications de Laure Roehrich révélaient les idées-forces de sa
pensée. Traditionaliste sur le plan religieux et sociétal, elle
exprimait une position plus avancée sur l'éducation des femmes. Sans
rejoindre le combat d'Anne Knight pour
le suffrage féminin, elle s'élevait
contre le parti pris répandu alors "que les qualités pratiques sont, chez une
femme, en raison inverse de son instruction, de son développement
intellectuel."
Sa conviction,
appuyée sur son expérience, était qu'aucune femme ne devait
"rester étrangère à rien de ce
qui est digne d'intéresser un être humain."
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Nota : Les ouvrages suivants
de Laure Roehrich ont été réédités et sont actuellement disponibles
dans le commerce :
Grétel, récit alsacien, A travers notre Alsace,
Noëls d'Alsace, Le Ban-de-la-Roche, notes historiques et souvenirs.
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Épilogue.
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Après
le décès de son mari en 1901, Laure Roehrich s'est fixée à Strasbourg
où elle a poursuivi son travail littéraire. Puis est venue la longue
épreuve de la Première guerre mondiale suivie par le retour si
longtemps espéré de la France. Après l'armistice, l'écrivaine n'a cessé
de défendre son idéal d'une Alsace où les cultures française et
allemande vivraient en harmonie.
Laure Roehrich est décédée le 24 avril
1924 à Niederbronn, à l'âge de 76 ans.
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Photographie de Laure
Roehrich parue dans la revue L'Alsace Française
lors de la publication en 1930 des premiers chapitres de ses souvenirs :
Au lointain de ma vie, Souvenirs d'une grand-mère.
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Henri
Ehret, novembre
2025.
Contacter
l'auteur.
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Sources
:
Au lointain de ma vie, Souvenirs d'une
grand-mère de Laure Roehrich.
Biographie succincte de L. Roehrich par
Benjamin Valloton dans L'Alsace Française.
Vieux Strasbourg et vieille Alsace de Laure Roehrich.
Grétel, récit alsacien
de
Laure Roehrich.
Fleur-de-Genêt
de
Laure Roehrich
À travers notre Alsace
de Laure Roehrich.
Emma Warnod, notice
biographique de Laure Roehrich.
Renseignements généalogiques sur les
familles Durot, Witz et Roehrich : site Geneanet.
Site Rétronews : articles de presse de
L.Roehrich dans les revues.
Site Gallica : plusieurs œuvres de L.Roehrich sont
téléchargeables.
Wikipédia.
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