L'industrie textile à Oberbruck.
Les usines textiles Zeller-Frères dans la haute-vallée de la Doller et à Étueffont.
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Le
textile était une activité pratiquée dans la haute-vallée depuis le Moyen-age.
On y cultivait, filait et tissait le chanvre et le lin. C’était alors une
activité artisanale, individuelle et familiale. Pendant la mauvaise saison, les
tisserands, par ailleurs paysans ou bûcherons, travaillaient sur leur métier
installé dans une chambre ou une grange. Avec l’arrivée du coton au XVIIIe siècle,
le textile prit une nouvelle dimension. Des commissionnaires, engagés par des
entreprises mulhousiennes, apportaient aux tisserands les filés de coton et
emportaient les toiles tissées. Vers 1800, sont créées des "boutiques",
regroupant dans un atelier plus vaste cinq à dix métiers ; ce sont les
premières formes de manufactures textiles. |
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Tombe de Joseph Zeller au cimetière d' Oberbruck. |
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La
filature d'Oberbruck devient une usine d’une bonne capacité productrice,
d’autant plus qu’en 1837, véritable tournant de la révolution industrielle
locale, la première machine à vapeur y est installée. Désormais,
la production reposera sur deux énergies combinées, l'hydraulique, gratuite
mais irrégulière selon le débit de la rivière, et la vapeur, régulière,
mais coûteuse en combustible.
La première machine à vapeur, construite par Stehelin à Bitschwiller, délivre 12 chevaux et consomme 1000 stères de bois par an. Plus tard, elle est remplacée par une machine de 30 chevaux tandis que le bois est abandonné au profit du charbon. Avant l’arrivée du chemin de fer à Oberbruck en 1901, ce combustible est amené par chariots tirés par des chevaux ou des bœufs depuis Ronchamp. Il faut 4 jours à un attelage pour faire l’aller-retour entre Ronchamp et Oberbruck ! |
Lettre de 1871 illustrant les relations entre les établissements Zeller et les houillères de Ronchamp. |
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période française. |
période allemande. |
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Fils de Joseph
Zeller, il séjourne plusieurs années en Angleterre, à Oldham près de
Manchester, où il fait son apprentissage de filateur dans l'entreprise
Platt Brothers, acquérant ainsi une bonne connaissance des machines et
des méthodes de production anglaises. En
1870, Victor Zeller défend l'industrie cotonnière alsacienne devant la
Commission parlementaire. |
Lien : Les usines Zeller : localisation, photos, historique.
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Dans
la deuxième partie du XIXe siècle, l’entreprise perfectionne également
l’utilisation de la force motrice de l’eau. Pour augmenter la réserve
d’eau utilisable, le lac supérieur du Neuweiher est rehaussé de 12
mètres
en 1858. En 1861, une turbine remplace la roue hydraulique. Pour
l'alimenter, le système des canaux à ciel ouvert est abandonné au
profit
d'une conduite forcée : celle-ci alimente la turbine avec l'eau du
Rimbach
déviée dans un canal usinier aménagé sur le coteau de la Strueth qui
domine
l'usine à l'Est. En 1905, une turbine plus moderne apporte davantage de puissance (320 chevaux) mais exige une chute d'eau supérieure. La nouvelle conduite forcée prend son départ à l'étang réservoir situé à la sortie d'Oberbruck vers Rimbach, sur le versant Est du vallon. Depuis cette retenue remplie par les eaux du Rimbach et celles provenant du Neuweiher, l'eau sous pression est amenée par un tuyau métallique de un mètre de diamètre et long de 850 mètres, avec une chute d'eau de 60 mètres, jusqu’à la turbine. Celle-ci, par un système de courroies, entraîne une dynamo Siemens et Schluckert installée dans le bâtiment actuel du foyer communal, longtemps appelé "dynamo" par les villageois. Ainsi, l’énergie électrique fait son apparition à Oberbruck bien avant la réalisation du réseau public en 1926. Outre la filature et la Renardière, Zeller-Frères fournit l'électricité à quelques bâtiments la commune. Ainsi l'église et l'école sont dotées de l'éclairage électrique à partir de 1907. Les anciens habitants d’Oberbruck se rappellent ces tuyaux qui n’ont été enlevés qu’au début des années 70. Ils les appelaient "Dichel", de l'allemand "Teuchel" désignant à l'origine des conduites d'eau creusées dans des troncs d'arbre. La turbine, quant à elle, est toujours enfouie dans le sous-sol de l’ancienne usine, en face de la Brasserie Dioller.
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La conduite forcée a fait partie du paysage pendant des décennies (photo prise dans les années 60) |
Les vestiges actuels de la conduite forcée au départ du réservoir. |
La turbine dans son état actuel, dans le sous-sol de l'ancienne usine.
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Éclairage au gaz. Avant la généralisation de l'éclairage électrique, l'usine d'Oberbruck et quelques rues du village sont éclairés au gaz manufacturé. Ce sujet est traité sur cette page : |
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L’essor
des usines Zeller a généré un nombre d’emplois appréciable pour les
villages de la haute-vallée qui ont connu alors une nette croissance
démographique. En 1840, 460 personnes étaient employées par Zeller- Frères,
et environ 600 à la fin du XIXe
siècle. Les conditions de vie et de travail de
ces ouvriers étaient malheureusement à l’image de celles de tout le
prolétariat du début de l’ère industrielle : misérables. Au début du
siècle, en l’absence de toute législation du travail, les ouvriers sont
victimes d’une exploitation impitoyable. L’horaire journalier est de l’ordre
de 12 heures, six jours sur sept et il n’existe pas d’autres congés que les
dimanches et jours de fête religieuse. Les usines emploient de préférence des
hommes très jeunes, des femmes et des enfants. Ceux-ci sont encore moins payés
que les hommes et peuvent grâce à leur petite taille se glisser sous les
métiers, renouer les fils ou ramasser ce qui est tombé. Selon les chiffres
indiqués par Paul Zeller, une journée de dix heures de travail d’un enfant
à la filature lui permet tout au plus d’acheter deux kilos de pain. Les ateliers bruyants et malsains en raison de la chaleur et de l’humidité nécessaires au travail du textile sont dangereux pour la santé des ouvriers qui sont livrés à eux-mêmes en cas d’accident ou de maladie. En 1845 est créée une Société de Prévoyance et d'Économie qui devient en 1858 la Société d'Économie et de Secours Mutuel nommée "La Masse". C'est une première ébauche de protection sociale. Les ouvriers doivent obligatoirement y cotiser pour constituer un pécule de prévoyance en cas de maladie ; le patron y participe par des subventions volontaires. Dans le dernier quart du XIXe siècle, les ouvriers du textile bénéficient de l’introduction des lois sociales allemandes : horaires de travail allégés (journée de travail de 11 heures pour les ouvriers du coton en 1890), protection des femmes et des enfants, progrès de l'hygiène dans les usines, assurance obligatoire des risques professionnels tels que maladie (1883), accidents (1884), vieillesse et invalidité (1889). En même temps, de grandes grèves comme celles de 1870 et 1890 et la pression des organisations syndicales sur le patronat permettent au prolétariat d'obtenir des salaires un peu plus décents.
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Document
: En 1883, la vie ouvrière dans les usines Zeller analysée par un disciple de
Frédéric Le Play.
Pour
accéder au document : cliquer ici.
Document
: Le carnet de Gaspard Zeller, rédigé de 1878 à 1886.
Pour accéder au document : cliquer ici.
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Malheureusement, les crises à répétition du textile à la fin du XIXe siècle contrarient le dessein généreux de l'industriel. Charles Zeller désespère de réunir les fonds nécessaires non seulement à la création d'une institution, mais aussi à son fonctionnement pérenne. En 1894, il se résout à renoncer à construire un asile à Oberbruck. Les revenus de la réserve de bienfaisance sont alors affectés à verser des pensions aux anciens ouvriers ou à leur famille.
Charles Zeller (1828 - 1905), un industriel philanthrope. (Source : Le testament de Charles Zeller présenté par M. Patrick Bureau dans le bulletin de liaison des familles Zeller, Coze et Madelin.) |
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Photo
: automobile de la "Belle Époque" dans la vallée de la Doller.
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Vers
1955 : l'usine occupe densément l'espace entre le ruisseau Le Rimbach et
les coteaux de la Strueth. |
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Photo
:
la chute de la dernière cheminée des usines Zeller à Oberbruck.
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Conclusion : |
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Pendant
plusieurs siècles l’industrie et l’agriculture ont permis à nos ancêtres
de subsister. La prospérité de l’industrie attirait une main-d’œuvre
nombreuse et le village a compté jusqu’à 600 habitants. La fin du textile
a provoqué un traumatisme pour les centaines de personnes qui ont perdu leur
emploi. La petite agriculture de l’ouvrier paysan ayant également disparu,
c’est la quasi-totalité des ressources qui se sont évanouies au milieu du XXe
siècle, menaçant gravement l’avenir de la collectivité. Depuis les années
1970, les nouvelles données économiques ne permettent plus d’imaginer la
renaissance d’une industrie de production à Oberbruck. Aujourd’hui,
les usines s’implantent à proximité des grands axes de circulation ou aux
abords des centres urbains. Une grande majorité des habitants doit à présent
accepter un déplacement quotidien pour se rendre à son travail. Des activités nouvelles
ont tenté de prendre la relève. Ainsi le CET installé initialement par M.
Georges Scheibel sur le site même des anciennes usines Zeller, mais qui en ce
début de XXIe siècle a dû à son tour quitter Oberbruck pour se rapprocher de
la plaine. Henri
Ehret, février 2005. |
Photo
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le site principal de l'industrie textile aujourd'hui.
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