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D'Kàmaràda
wo em Kriag umkomma sen.
(Les
camarades qui sont morts à la guerre.)
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D’Kamerade,
wu im Chrieg umchu sin.
Texte
original en alsacien de Nathan Katz (1892-1981)
Publié sur le site "Voyage autour de ma bibliothèque" de Jean-Claude Trutt
:
https://bibliotrutt.eu/articles/tome-7-nathan-katz-sundgauvien
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Nota : A l'inverse de
la graphie d'
André Nisslé et du
système d'écriture ORTHAL, Nathan Katz transcrit le son dit "a
suédois" par la lettre "a" tandis qu'il représente
le "a" normal ouvert par "à".
D’Kamerade,
wu im Chrieg umchu sin.
Im
Nàbel heert me wider d’Flägel geh
Dur d’ganzi Tag, üs alle Schiretenn.
Jetz chämme wider d’langi fichti Nàcht. –
E Ampele brennt, e Chunscht isch warm, –
I sitz un dànk. –
As rislet chalt üf alli Dàcher duss. –
Wie stricht das chalt eim iber’s Hàrz ! –
I seh’n ech all hit vor mr, Kamerade, –
Dir sind so lang scho tot !
I
mein, mr sässe n üf dr Ofebank :
Duss vor de Faischter schloht dr Ràge n a.
E Wangühr geht. –
Un mir sin luschtig un tien Lieder singe,
Un wisse n alti Gschichte n üs Chalànder,
Un sage Witz un räde vo de Maidle,
Vom Friehjohr, wie do wider d’Chilbi sin. –
I seh’n ech all hit vor mr, Kamerade, –
Dir sind so lang scho tot ! –
I
sitz un dànk. – Jetz lige d’Spothärbschtnàcht
So ficht üf alle Gräber : Frind un Find,
Un d’Wirem nage jetz am Totebei
Vo alle, all wu umchu sin im Chrieg,
Im lange, bese, färchterlige Chrieg ;
Si nage jetz an allem Totebei.
I seh’n ech all jetz vor mr, Kamerade,
Dir sind so lang scho tot !
Nathan Katz
(extrait
de Sundgäu. D’Unrüehj in de Nàcht – L’inquiétude dans
la nuit)
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Nathan Katz : sa vie. Nathan
Katz naît en 1892 à Waldighoffen, village du Sundgau, la
région la plus au Sud de l'Alsace. Son père tient la boucherie
kasher du village.
Nathan
Katz fréquente l’école primaire du village où
l'enseignement se fait en allemand. Très tôt, il manifeste une
grande soif de connaissances et une passion pour la lecture
d'auteurs allemands et étrangers, antiques et modernes.
À
quinze ans, il entre comme apprenti employé de bureau à
l’usine textile de son village natal.
Lors
de la Première Guerre mondiale, mobilisé dans l'armée
allemande, Katz est blessé dès août 1914. En 1915, il est
envoyé sur le front russe où il est fait prisonnier. En 1916,
il est renvoyé en France où il passe 16 mois dans un camp de
prisonniers de guerre. Il revient à Waldighoffen en 1918.
Entre
les deux guerres, Katz gagne sa vie comme voyageur de commerce
dans le domaine industriel,
activité qui le mène dans de nombreux pays d'Europe et
d'Afrique du Nord. C'est au cours de ces longs déplacements
qu'il rédige les poèmes consacrés au Sundgau natal.
Il
passe la plus grande partie de la Seconde Guerre mondiale
réfugié à Limoges.
Revenu
en Alsace, il exerce de 1946 jusqu’à sa retraite en 1958, les
fonctions de bibliothécaire à la Bibliothèque Municipale de
Mulhouse.
Il
meurt à Mulhouse en 1981. |
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Transcription
en dialecte alsacien de la haute vallée de la Doller par
Henri Ehret.
Nathan
Katz : son oeuvre.
Nathan
Katz écrit son premier ouvrage "Das Galgenstüblein" en 1915,
alors qu'il est prisonnier de guerre en Russie.
Sous
l'influence du poète et romancier allemand Hermann Burte, Katz décide d'écrire en dialecte alsacien alémanique, s'efforçant
de donner ses lettres de noblesse à sa langue maternelle : selon ses
propres paroles "Üss'm a Dialekt a Spràch màcha." [faire
d'un dialecte une langue]
En
1924, il crée la pièce dramatique "Annele Balthasar."
En
1930, il publie les recueils de poésies : "Sundgäu",
"D'Ardwibele" et "Die Stunde des Wunders."
En
1958 paraît une réédition augmentée de son œuvre poétique sous le
titre "Sundgäu. O
loos da Rüaf dur d'Garte."
Nathan
Katz est le poète du Sundgau : il chante l'attachement à son terroir
et célèbre ses coutumes, ses légendes, sa joie de vivre sans occulter
les interrogations sur la vie et la mort.
Voir
et écouter Nathan Katz :
cliquez
ici
[après
visionnage, fermer la fenêtre de la vidéo pour retrouver cette page]
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D'Kàmaràda
wo em Kriag umkomma sen.
Em
Nawel hert m'r weder die Flegel geh
Dora d'r gànza Tàg, üss àlla Schirapretscha.
Jetz komma weder die lànga fichta Nàchta. –
A Lampala brennt, a Kàchelofa esch wàrm, –
Ech setz un dank. –
As riselt kàlt uff àlla Dàcher dossa
Wie strecht dàs kàlt aim ewer's Harz ! –
Ech seh ni àlla hetta vor mer, Kàmaràda –
Er sen so làng
scho tot !
Ech
main, m'r setza uff d'r Ofabànk :
Dossa vor da Fanschter schlàgt d'r Raga à.
A Wàndühra geht. –
Un mer sen luschtig un tüa Liader senga,
Un wessa d'àlta Gschechta üss'm Kàlander,
Un sàga Wetza un reeda vo da Maidla
Vom Fräijohr, wenn do weder Kelwa sen –
Ech seh ni àlla hetta vor mer, Kàmaràda –
Er sen so làng
scho tot !
Ech
setz un dank. – Jetz leega die Schpàthärbschtnàchta
So ficht uff àlla Gräwer : Frend un Fend,
Un d'Werm nàga jetz an da Totabaina
Vo àlla, àlla wo umkomma sen em Kriag
Em lànga, beesa, fächterliga Kriag
Sa
nàga jetz àn àlla Totabaina.
Ech seh ni àlla
jetz vor mer, Kàmaràda –
Er sen so làng
scho tot ! –
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Les
camarades qui sont morts à la guerre.
On
entend à nouveau dans le brouillard
Battre les fléaux
Toute la journée, dans toutes les granges.
Viennent à nouveau les longues nuits humides. –
Une petite lampe est allumée, un poêle de faïence est chaud, –
Je suis assis et je songe. –
La pluie ruisselle froide sur tous les toits. –
J’ai comme un coup de froid dans mon cœur !
Je vous vois tous devant moi, aujourd’hui, camarades, –
Vous êtes morts depuis si longtemps déjà !
Je
nous imagine assis sur le banc du poêle :
Dehors devant les fenêtres bat la pluie
On entend marcher la pendule. –
Et nous sommes joyeux, nous chantons des chansons,
Et savons de vieilles histoires, des histoires d’almanachs
Et racontons des blagues et parlons des filles,
Et du printemps quand il y aura de nouveau des kermesses. –
Je vous vois tous devant moi, aujourd’hui, camarades, –
Vous êtes morts depuis si longtemps déjà !
Je
suis assis et je songe. – Déjà la nuit de l’arrière-saison
Pèse, lourde, sur toutes les tombes : amies et ennemies,
Déjà les vers rongent les os des morts,
De tous ceux qui sont morts à la guerre ;
De la longue et mauvaise et terrible guerre ;
Ils rongent les os de tous les morts.
Je vous vois maintenant tous devant moi, camarades,
Vous êtes morts depuis si longtemps déjà ! –
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Traduction
française
par
Jean-Claude Trutt.
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